L’éducation au patrimoine à l’ère du numérique

« Dis-moi, n’as-tu pas observé, en te promenant dans cette ville, que d’entre les édifices dont elle est peuplée, les uns sont muets ; les autres parlent ; et d’autres enfin, qui sont les plus rares, chantent ? Cela tient au talent de leur constructeur, ou bien à la faveur des Muses  » Paul Valéry, Eupalinos ou l’architecte, 1921.

   Faire parler voire chanter les monuments est l’une des missions de l’éducation au Patrimoine. Rendre audible un édifice muet pour le jeune visiteur est le défi qu’un professeur d’histoire doit relever. Il faut éduquer avant tout l’œil du jeune visiteur avant que tous ses sens deviennent réceptifs aux messages du passé enfouis dans l’objet d’étude. Lors d’une visite patrimoniale, le discours de l’enseignant ou du médiateur culturel donne des clefs de lecture à la compréhension de son histoire, sa localisation, son apparence et de tous les enjeux passés et présents. Ce maillage d’informations nécessite un décryptage afin de mettre de « l’ordre dans le désordre »[1]. La médiation culturelle et l’enseignement de l’histoire peuvent s’emparer des outils numériques car ils permettent d’ajouter des filtres d’interprétation à la réalité. Observer et comprendre un site patrimonial requiert une éducation spécifique et les technologies numériques semblent être une « fabuleuse opportunité pour repenser et enrichir les approches pédagogiques »[2] et didactiques.

  L‘usage des technologies numériques (système de localisation GPS, globes virtuels sur Internet, systèmes d’information géographique, réalité mixte …) se diffuse ces dernières années  dans la vie quotidienne et dans le domaine éducatif. Dans les pratiques sociales, les espaces culturels comme les musées et les sites patrimoniaux introduisent de plus en plus des muséographies impliquant des interfaces numériques ludiques et interactives (visites géolocalisées, reconstructions 3D, réalité augmentée, QRCode). En tant qu’enseignant d’histoire-géographie, nous pouvons légitimement et de façon pertinente intégrer ces nouveaux usages dans nos pratiques pédagogiques.

   Nous nous intéressons dans ce mémoire aux questions posées par l’introduction des outils numériques et des interfaces mobiles dans l’enseignement de l’histoire-géographie et plus spécifiquement lors d’une visite patrimoniale. En effet, les outils nomades permettent de rendre les murs de la classe moins opaques. Leur facilité de transport permet de les inviter naturellement dans les sorties scolaires.

   Les usages du numérique en cours d’histoire-géographie sont encore considérés comme innovants voire marginaux et posent de nombreuses questions qui relèvent du champ de l’histoire, de l’épistémologie, de la didactique, de la psychologie cognitive, de la sociologie des usages.

  Les principales questions posée par la recherche-action que nous avons menée dans deux classes de collège touchent au déroulement de scénarios utilisant des technologies  numériques nomades avec à l’épreuve leur pertinence dans le champ de l’évaluation des compétences dans deux domaines : les compétences humanistes et technologiques. L’un des enjeux est  également d’analyser les différentes approches possibles utilisées par les enseignants du collège pour redéfinir une visite patrimoniale via des tablettes tactiles.  

  Enfin, l’une des autres approches est d’évaluer les postures et la perception des élèves-visiteurs dans le cadre d’une visite patrimoniale.

[1] Référence au colloque « Numérique : ordre et désordre des apprentissages », avril 2014, Cité des Sciences et de l’industrie, organisé par FFFOD (Forum Français pour la formation ouverte et à distance).

[2] Dominé (G.), Les TICE en classe, mode d’emploi, Cahiers pédagogiques, ed. ESF, Bilesko-Biala, 2014.

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