Une école créative numérique : Jules Ferry 3.0 ?

Un récent rapport intitulé « Jules Ferry 3.0 » a été publié par le Conseil national du numérique (CNNum). Il contient 40 recommandations réparties en 8 axes pour « bâtir une école créative et plus juste dans un monde numérique ».

Des recommandations du primaire au lycée.


    Concernant les enseignements, le rapport préconise du numérique dans les programmes dans chaque cycle de la primaire au lycée :

– une découverte en primaire,

– un approfondissement au collège (2 heures hebdomadaires en cours de technologie),

– une formation plus intensive au lycée avec la généralisation de l’option « Informatique et sciences numériques » en terminale qui existe depuis 2012. L’une des recommandations phare serait de créer une nouvelle série au lycée général avec le baccalauréat « Humanités numériques » (Bac HN).

   Par ailleurs, au-delà de cette programmation du primaire au secondaire, les approches pédagogiques des enseignants devraient introduire une approche par projet et transversale c’est-à-dire pluridisciplinaire. L’utilisation des outils collaboratifs serait l’un des axes de remédiation pour favoriser l’implication des élèves dans l’élaboration du savoir afin de relayer les approches plus magistrales de diffusion des savoirs.

Une nouvelle filière générale « Humanités numériques ».


Cette série s’appuierait sur deux axes :

– celui des industries culturelles et créatives avec une initiation aux techniques et une compréhension du web design, du game design, des expériences immersives, de la conception 3D, de l’internet des objets, de la datavisualisation …

– celui des industries du big data, de ses techniques et de ses applications dans la santé, l’environnement, les sciences, la politique, le commerce, la gestion, la recherche …

Et la formation des enseignants 3.0 ?


  Il faut désormais s’interroger sur les acteurs du système éducatif qui vont devoir faire face à ces futures transformations des programmes et des approches pédagogiques. La pédagogie active et collaborative qui est recommandée dans ce rapport du CNNum n’est pas nouvelle mais elle doit s’accompagner d’une réelle réflexion didactique.  La transmission des savoirs doit toujours restée au centre de la réflexion. La transposition didactique élaborée par Chevallard est redéfinie par l’introduction d’outils numériques et mobiles. Le trinôme Elève/Savoirs/Enseignant prend désormais en compte ces nouveaux outils. Ces derniers doivent être intégrés dans un écosytème scolaire qui doit encore trouver son équilibre. La difficulté à l’heure 2.0 est que les usages sociaux du numérique sont en perpétuelle transformation. Rien n’est fixé étant donné que par définition les innovations technologiques sont sans cesse en marche !

  Dans la contexte scolaire, la nouveauté et l’innovation ont toujours du mal à s’installer compte-tenu du carcan imposé par le fonctionnement interne d’un établissement scolaire. La gestion du parc informatique est un véritable défi  ! Il faut que l’établissement bénéficie au quotidien d’enseignants formés, motivés et en perpétuelle veille numérique, c’est-à-dire impliqués dans une tâche très chronophage. Le monde enseignant doit faire face aux mutations de la société afin d’accompagner leurs élèves et de les guider dans un monde numérique réticulaire où il est difficile d’avoir des repères. L’enseignant a tout à gagner à travailler lui-même en collaboration avec ses collègues de toutes les disciplines afin de créer chez les élèves une véritable « culture numérique ».

  Dans ma pratique quotidienne, je constate que les objectifs pédagogiques fondamentaux comme lire et écrire restent des axes de travail incontournables. En effet lire et écrire sur une tablette tactile est loin d’être une évidence pour la nouvelle génération. La lecture linéaire imposée par le livre reste un passage obligé qui doit être mis en complémentarité avec le monde de l’écrit numérique très difficile à appréhender. Internet est un monde de l’écrit très vaste et sans fin sur le modèle du rhizome … de quoi donner le vertige voire de quoi décourager certains élèves en difficultés scolaires. Il y a de réels  enjeux didactiques auxquels les enseignants vont être confrontés avec la mise en place de Jules Ferry 3.0 …

 

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2 Comments

  1. leroy

    Effectivement ayant été assistant Tice. J’ai vu le passage des collèges au numérique avec les classes pupitres. Dans une entreprise l’innovation technologique se fait en accompagnateur le personnel en l encadrant une équipe technique assure en permanence la veille, la mise en plié sur site. La réussite d’un tel projet ne peut se faire sans des assitants Tice administrateur systeme de qualité et reconnu car c’est un vrai métier (sans précarité) assurant la politique numérique des établissements.
    Comme vous le souligner le numérique n’est pas la réponse à tous, il ne rendra pas cette jeunesse plus responsable, plus innovente et il.ne facilité pas toujours l’aprentissage. Il est aussi iportant de voir le robot aspirateur tout netoyer que de savoir que je peux en faire autant avec un balais tout simplement voir plus efficacement et plus rapidement. De l’analyse…. quand au Bac que dire….avec ce Bac on pourra donc travailler… et le niveau du bac… que dire du nom humanité numérique …

    Je suis pourtant un amoureux du numérique. Qui apporte plein de belle choses mais … tout n’est pas bon a prendre….

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